ZONE A

25 février 2013

Bloc pour la Révolution Intégrale.

Filed under: International — R&B @ 9 h 23 min

Appel à construire un espace politique et idéologique internationale

Qui sommes-nous?

Nous sommes un groupe de personnes, qui depuis le territoire catalan (au sud ouest de l’Europe), ont fixé pour objectif d’impulser le Bloc pour la Révolution Intégrale. Nous participons à des projets en lien avec l’idéal d’une Révolution Intégrale, entre autres, le mouvement de la coopérative intégrale catalane (1), et nous comprenons qu’il est nécessaire d’avoir un espace idéologique qui rende visible, connecte et renforce les pratiques qui se réalisent à travers le monde.

Qu’entendons-nous par Révolution Intégrale?

Révolution: transformation radicale des structures et valeurs fondamentales de la société.

Intégrale: qui comprend tous les éléments nécessaire pour être complet.

Révolution Intégrale: processus de signification historique pour la construction d’une nouvelle société autogérée, basée sur l’autonomie et l’abolition des formes de domination en vigueur: l’État, le capitalisme et toutes celles qui affectent les relations humaines et la relation avec la nature.
Cela implique une action consciente, personnelle et collective, pour l’amélioration et la récupération des qualités et des valeurs qui nous habilite à la vie en commun. En même temps, cela implique la construction de nouvelles formes et structures d’organisation dans tous les domaines de la vie qui garantissent l’égalité décisionnelle et l’équité de la couverture des nécessités vitales.

Fonctionnement de l’espace commun

Le bloc est proposé comme un cadre idéologique et non comme une organisation, il est en accord avec les objectifs proposés et permet de faciliter son fonctionnement. Les collectifs membres du bloc et les projets qui en surgissent seront totalement autonomes. Nous proposons d’esquisser les aspects fonctionnels du bloc (membres, outils de communication, rencontres, prises de décision…) préalablement à la rencontre.

(1) Coopérative Intégrale Catalane http://www.autogestion.asso.fr/wp-content/uploads/2012/11/coop_integrale.pdf

English call out

http://integrarevolucio.net/en/integral-revolution/

16 février 2013

Occupy : Un laboratoire répressif

Filed under: International — R&B @ 9 h 38 min

Automne 2011. Les campements du mouvement américain Occupy sont démantelés les uns après les autres. À l’époque, il était déjà clair que ces actions étaient coordonnées par le FBI au niveau national.

Noami Wolf du Guardian, journaliste et militante, qui fut elle-même arrêtée à New-York en octobre 2011, et qui fut l’une des premières à dénoncer l’action coordonnée des agences de sécurité américaines (1), revient à la charge, avec un nouveau dossier, plus accablant encore.

« C’était plus sophistiqué que nous l’avions imaginé » (2) La lutte contre n’a pas seulement été coordonnée entre le FBI, le Department of Homeland Security et les polices locales, mais avec la participation des grandes banques elles-mêmes et du secteur public, les autorités universitaires, entre autres.

C’est ce que révèle un document publié (3) par le Partnership for Civil Justice Fund, et qui montre, selon Mara Verheyden-Hilliard, cofondatrice du PCJF, que “ le FBI et le Department of Homeland Security traitent l’opposition contre les milieux bancaires et d’affaires américains comme une activité terroriste et potentiellement criminelle . Ces documents montrent aussi que ces agences fédérales sont de facto le bras du renseignement de Wall Street et des grandes entreprises américaines »
Dès le 19 août 2011, le FBI a organisé une réunion avec le New York Stock Exchange pour discuter des manifestation de Occupy Wall Street, qui ne commenceront qu’un mois plus tard.
Autre exemples parmi des dizaines d’autres :

Le “Campus Liaison Program” où le FBI à Albany et la Syracuse Joint Terrorism Task Force ont communiqué des informations à la police des campus de 22 universités.

Les Naval Criminal Investigative Services (NCIS) ont fait, eux, des rapports concernant les relations entre Occupy et les syndicats, en lien avec les actions dans les ports. Les NCIS se décrivent comme une organisation fédérale d’élite du maintien de l’ordre dont « la mission est d’enquêter sur, et de mettre en échec, les menaces criminelles, terroristes et de renseignements étrangers vis à vis de la Marine des Etats-Unis et du Corps de Marine, à terre, en mer et dans le cyberspace.” Les NCIS aident aussi au transport des prisonniers de Guantanamo. (4)

Un des maitres d’oeuvre de cette collaboration entre les agences de sécurité et le milieu des affaires américains est la Domestic Security Alliance Council. (5)

Welcome to the Domestic Security Alliance Council

 

Domestic Security
Combating Crime, Protecting Commerce

Le DSAC, qui rassemble, comme le proclame fièrement la page d’accueil de son site, « près de 200 sociétés américaines et organisations », nombre qui « continue de grandir », se présente comme :
« un partenariat stratégique entre le FBI, le Department of Homeland Security et le secteur privé » avec lequel il a pour but « d’améliorer les communications et de promouvoir les échanges
d’informations rapides et bidirectionnelles ».

Ou, comme l’écrit Noami Wolf « un réseau terrifiant d’activités coordonnées entre DHS, FBI, police, secteur privé si complètement immergé dans un autre que le monstre dans son ensemble, n’est en fait qu’une seule entité: dans certains cas, elle n’a qu’un seul nom, le Domestic Security Alliance Council.

Ses buts : travailler avec et pour les banques ,traquer et démanteler toute opposition intérieure. Cette fusion entre secteur privé et sécurité intérieure est un nouveau pas vers la criminalisation de toute opposition, dans le cadre plus général de l’état de guerre permanent ; guerre contre le terrorisme, guerre contre la drogue, guerre contre la cyber délinquance, etc…

Et en France ? Souvenez – vous : une conférence presse de Valls, le 5 novembre dernier, après une réunion ministérielle sur l’organisation internationale de la police, et sa déclaration selon laquelle il existe des  » processus de radicalisation dans de nombreux pays mais en France, il a pris  des proportions inquiétantes » . Quelle radicalisation ? Des  » formes de violence provenant de l’ultra-gauche, de mouvements d’anarchistes ou d’autonomes » Et plus précisément ? « des groupes violents gravitant autour de projets comme la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin ou l’aéroport de Notre Dame des Landes en France » . (6)

Pas touche à Vinci, AREVA, Bouygues et consorts.

Qui surveille ceux qui nous surveillent ?  Il est toujours plus tard que tu ne crois.

1.The shocking truth about the crackdown on Occupy
Naomi Wolf The Guardian, 25 Novembre 2011
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/cifamerica/2011/nov/25/shocking-truth-about-crackdown-occupy

2. Revealed: how the FBI coordinated the crackdown on Occupy Naomi Wolf The Guardian,29 Decembre 2012http://www.guardian.co.uk/commentisfree … own-occupy

3.http://www.justiceonline.org/commentary/fbi-files-ows.html

4.http://www.ncis.navy.mil/Pages/publicdefault.aspx

5. http://www.dsac.gov/Pages/index.aspx

6. http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/echanger-davantage-sur-l-islamisme-radical-l-ultra-gauche-et-les-mafias-selon-valls-05-11-2012-2294445.php

Voir à ce sujet : The Times They Are A Changin’ http://zonea.blogue.fr/wp-admin/post.php?post=138&action=edit

 

14 février 2013

Grèce. L’usine Vio.Me. commence sa production sous contrôle ouvrier

Filed under: International — R&B @ 15 h 11 min
«Nous sommes ceux qui pétrissent
et nous n’avons pourtant pas de pain,
nous sommes ceux qui extraient le charbon
et nous avons pourtant froid.
Nous sommes ceux qui ne possèdent rien
et nous arrivons pour prendre le monde»
Tassos Livaditis (poète grec, 1922-1988)

Au cœur de la crise, les travailleurs de Vio.Me. [1] visent le cœur de l’exploitation et de la propriété. Alors que le taux de chômage atteint 30% en Grèce, alors que le revenu des travailleurs est nul, fatigués et irrités par des phrases pompeuses, des promesses et de nouveaux impôts, sans salaire depuis mai 2011 et sans travail du fait de l’abandon de l’usine par leurs employeurs, les travailleurs de Vio.Me, à la suite d’une décision prise lors de leur assemblée générale, ont fait part de leur détermination à ne pas devenir les proies d’un chômage permanent mais plutôt de lutter afin de s’approprier l’usine et de la faire fonctionner eux-mêmes. En octobre 2011, par le biais d’une proposition officielle, ils ont revendiqué la constitution d’une coopérative ouvrière, demandant une reconnaissance légale pour leur propre coopérative ainsi que pour celles qui suivront. Ils ont revendiqué, en parallèle, l’argent nécessaire pour faire fonctionner l’usine. Cet argent leur appartient quoi qu’il en soit puisque se sont eux qui produisent la richesse de la société. Le plan qu’ils ont établi n’a rencontré qu’indifférence de la part de l’Etat et des bureaucraties syndicales. Il a toutefois rencontré l’enthousiasme au sein des mouvements sociaux, lesquels ont lutté au cours des derniers six mois pour répandre le message de Vio.Me. à l’ensemble de la société, cela par la création de l’Open Initiative of Solidarity à Thessalonique, puis par la mise sur pied d’initiatives identiques dans beaucoup d’autres villes.


Premier lot produit sans patron

Le temps du contrôle ouvrier de Vio.Me. est venu!

Les travailleurs ne peuvent attendre plus longtemps que l’Etat en banqueroute réalise ses promesses creuses de soutien (même l’aide d’urgence de 1000 euros promise par le ministre du Travail – actuellement Yannis Vroutsis – n’a jamais été approuvée par le ministre des Finances – actuellement Yannis Stournaras). Il est temps que Vio.Me. reprenne son activité, non pas par ses anciens patrons ou même par de nouveaux, mais par les travailleurs eux-mêmes. Cela devrait aussi bien être le cas d’autres usines qui sont en train d’être fermées, qui se déclarent en faillite ou qui licencient des travailleurs. La lutte ne peut se limiter à Vio.Me. Pour qu’elle puisse être victorieuse, elle doit être généralisée et s’étendre à toutes les usines et à tous les commerces qui sont en train d’être fermés. C’est seulement par la constitution d’un réseau d’entreprises autogérées que Vio.Me. sera capable de prospérer et d’éclairer le chemin d’une organisation différente de la production et de l’économie, sans exploitation, sans inégalité et sans hiérarchie.
Alors que les usines ferment les unes après les autres, alors que le nombre de chômeurs et chômeuses en Grèce approche les 2 millions et que l’immense majorité de la population est condamnée à la pauvreté et à la misère par le gouvernement de coalition du PASOK, de la Nouvelle Démocratie et des Démocrates de gauche – lequel poursuit les politiques des gouvernements précédents – la revendication de fairefonctionner les usines sous contrôle ouvrier est la seule réponse sensée au désastre auquel nous faisons face chaque jour. C’est la seule réponse au chômage. Pour cette raison, la lutte de Vio.Me. est la lutte de tout le monde.
Nous sollicitons toutes les travailleuses et tous les travailleurs, les chômeuses et les chômeurs, ainsi que toutes celles et ceux qui sont touchés par la crise de faire front avec les travailleurs de Vio.Me. et de les soutenir dans leur volonté de mettre en pratique leur conviction que les travailleurs peuvent produire sans patrons! Nous appelons à la participation à une caravane de lutte et de solidarité à travers tout le pays, culminant par trois jours de lutte à Thessalonique. Nous les appelons à s’associer à ce combat et à organiser leurs propres luttes sur leurs lieux de travail, avec un fonctionnement de démocratie directe, sans bureaucrates. Nous les appelons enfin à participer à une grève politique générale afin de dégager ceux qui détruisent nos vies!
Tout cela contribuera à l’établissement d’un contrôle ouvrier sur les usines et sur l’ensemble de la production ainsi que d’organiser l’économie et la société que nous voulons, une société sans patrons!

C’est le temps de Vio.Me. Mettons-nous au travail! 
Pavons la voie à une autogestion générale des travailleuses et des travailleurs!
Pavons la voie d’une société sans patrons! 

(Traduction: www.alencontre.org)

Ceux et celles souhaitant soutenir cette initiative peuvent se rendre sur le site http://www.viome.org/ où il est possible d’effectuer un versement via PayPal.

11 février 2013

Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène

Filed under: International — R&B @ 9 h 07 min

Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Mexique.

Le 30 décembre 2012.

Au peuple mexicain,
Aux peuples et gouvernements du monde,

Frères et sœurs,
Compañeros et compañeras,

Le 21 décembre 2012, avant que l’aube se lève, des dizaines de milliers d’indigènes zapatistes se sont mobilisés pour occuper, de manière pacifique et en silence, cinq chefs-lieux de l’État mexicain sud-oriental du Chiapas.

Dans les villes d’Altamirano, Las Margaritas, Ocosingo, Palenque et San Cristóbal de Las Casas, nous avons regardé autour de nous et nous nous sommes regardés nous-mêmes en silence.

Notre message n’est pas un message de résignation.

Ce n’est pas non plus un message de guerre, de mort ou de destruction.

Notre message est un message de lutte et de résistance.

Suite au coup d’État médiatique qui voulait masquer l’ignorance mal dissimulée et plus mal feinte encore du pouvoir exécutif mexicain, nous nous sommes manifestés pour leur faire savoir à tous que si eux n’avaient jamais disparu, nous non plus !

Il y a maintenant six ans de cela, une partie de la classe politique et intellectuelle s’est mise à chercher ailleurs un responsable à sa propre défaite. À l’époque, nous, nous étions dans des villes et dans des communautés, occupés à nous battre pour que justice soit rendue à un Atenco qui n’était pas en vogue à ce moment-là.

À l’époque, on nous a d’abord calomniés, pour essayer de nous faire taire ensuite.

Incapables dans leur malhonnêteté de voir que c’est en eux seuls que résidait et réside le ferment de leur propre échec, ils ont cherché à nous rayer de la carte par leur mensonge et leur silence complice.

Six ans plus tard, deux choses sont parfaitement claires :

Eux n’ont pas besoin de nous pour échouer.

Et nous, nous n’avons pas besoin d’eux pour survivre.

Nous qui n’avions jamais disparu, bien que l’ensemble des médias se soient acharnés à le faire croire, nous avons resurgi, indigènes zapatistes, ce que nous sommes et que nous serons à jamais.

Au cours de ces longues années, nous avons gagné en force et nous avons significativement amélioré nos conditions de vie. Notre niveau de vie est supérieur à celui des communautés indigènes proches des gouvernements successifs, qui, elles, bénéficient de leurs aumônes et les gaspillent en alcool et en articles inutiles.

Nos logements s’améliorent, sans porter préjudice à la nature en lui imposant des chemins qui lui sont étrangers.

Dans nos villages, la terre qui servait auparavant à engraisser le bétail des grands propriétaires et autre latifundistes sert aujourd’hui à faire pousser notre maïs, nos haricots et les légumes qui illuminent nos repas.

Notre travail nous donne la double satisfaction de nous fournir le nécessaire pour pouvoir vivre dignement et de contribuer à la croissance collective de nos communautés.

Nos enfants, garçons et filles, vont dans une école où on leur enseigne leur propre histoire, celle de leur patrie et celle du monde, de même que les sciences et techniques nécessaires pour s’enrichir intellectuellement sans cesser d’être indigènes.

Les femmes indigènes zapatistes ne sont pas vendues comme une marchandise.

Les indigènes partisans du PRI recourent à nos hôpitaux, à nos cliniques et à nos laboratoires parce que, dans ceux du gouvernement, ils n’y a ni médicaments, ni matériel médical, ni docteurs ou personnel qualifié.

Notre culture s’épanouit, non pas isolée mais enrichie au contraire par le contact avec la culture d’autres peuples du Mexique et du monde.

Nous gouvernons et nous nous gouvernons nous-mêmes, en recherchant toujours en premier lieu l’accord au lieu de l’affrontement.

Tout cela a été obtenu non seulement sans le gouvernement, sans la classe politique ni les médias qui vont avec, mais aussi en résistant à leurs attaques de toutes sortes.

Nous avons fait la preuve, une fois de plus, que nous sommes qui nous sommes.

Avec notre silence, nous avons manifesté notre présence.

Aujourd’hui, avec notre parole, nous déclarons :

Premièrement, que nous réaffirmerons et consoliderons notre participation au Congrès national indigène, lieu de rencontre avec les peuples originels de notre pays ;

Deuxièmement, que nous renouerons contact avec nos compañeros et compañeras adhérents et adhérentes à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, au Mexique et dans le monde ;

Troisièmement, que nous tenterons de reconstruire les ponts tendus avec les autres mouvements sociaux qui sont apparus et apparaîtront, non pas pour en prendre la tête ou pour les supplanter mais pour apprendre d’eux et de leur histoire, de leurs chemins et de leurs buts ;

Pour y parvenir, nous avons obtenu le concours de personnes et de groupes en différents points du Mexique constitués en équipes de soutien des Commissions Sexta et internationale de l’EZLN pour servir de courroies de communication entre les bases de soutien zapatistes et les personnes, groupes et collectifs adhérents à la Sixième Déclaration, au Mexique et dans le monde, qui conservent leur détermination et leur engagement dans la construction d’une alternative de gauche non institutionnelle ;

Quatrièmement, que nous conserverons notre distance critique envers la classe politique mexicaine, qui, dans sa totalité, n’a rien fait d’autre que s’enrichir aux dépens des besoins et espoirs des gens humbles et simples ;

Cinquièmement, en ce qui concerne le mauvais gouvernement fédéral, les gouvernements des États mexicains, les autorités municipales, les instances exécutives, législatives et judiciaires, ainsi que les médias qui les accompagnent, nous déclarons ce qui suit :

Les mauvais gouvernements de l’ensemble du spectre politique, sans aucune exception, ont tout fait pour nous éliminer, pour nous acheter, pour que nous nous rendions. Le PRI, le PAN, le PRD, le Parti vert écologiste mexicain, le PT, Convergence citoyenne et le futur parti de Régénération nationale, tous nous ont attaqués militairement, politiquement, socialement et idéologiquement.

Les grands moyens de communication ont tenté de nous faire disparaître, d’abord par la calomnie servile et opportuniste, par leur silence sournois et complice ensuite. Ceux qu’ils ont servis et qui les arrosaient gracieusement en retour ne sont plus là. Et ceux qui prennent leur relève aujourd’hui ne dureront pas plus longtemps que leurs prédécesseurs.

Comme l’a montré de façon évidente le 21 décembre 2012, tous ont échoué.

Il incombe désormais au gouvernement fédéral, aux pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire de décider, soit de renouer avec leur politique de contre-insurrection (qui n’a eu pour seul résultat qu’une simulation rachitique, maladroitement alimentée par la gestion des médias), soit d’admettre enfin et de remplir leurs engagements en reconnaissant par décret constitutionnel les droits et la culture indigènes, comme cela est établi par les Accords de San Andrés, signés par le gouvernement fédéral en 1996, à la tête duquel se trouvait alors le même parti que celui qui dirige aujourd’hui le pouvoir exécutif.

Il incombe désormais au gouvernement chiapanèque de décider, soit de poursuivre la stratégie malhonnête et désastreuse de son prédécesseur — prédécesseur qui, en plus d’être corrompu et menteur, a détourné l’argent du peuple du Chiapas afin de s’enrichir, lui et ses complices, et s’est attelé à acheter de manière éhontée la voix et la plume de journalistes dans les médias, tandis qu’il plongeait les Chiapanèques dans la misère et simultanément usait des policiers et de paramilitaires pour tenter de freiner les progrès en matière d’organisation des peuples zapatistes —, soit, au contraire, dans la vérité et la justice, d’accepter et de respecter notre existence et de se faire à l’idée qu’un nouveau mode de vie social s’épanouit en territoire zapatiste, au Chiapas, Mexique. Épanouissement qui attire d’ailleurs l’attention de gens honnêtes sur la planète tout entière.

Il incombe désormais aux autorités municipales de décider si elles veulent continuer à avaler les couleuvres grâce auxquelles les organisations antizapatistes ou prétendument « zapatistes » les escroquent en obtenant des fonds pour pouvoir agresser nos communautés en toute impunité ou, au contraire, de mieux employer cet argent pour améliorer les conditions de vie de leurs administrés.

Il revient désormais au peuple mexicain qui s’organise dans le combat électoral et résiste de décider s’il veut continuer de voir en nous des ennemis ou le rival sur qui décharger sa frustration devant les innombrables fraudes et agressions que, au bout du compte, nous subissons tous, et si, dans sa lutte pour le pouvoir, il continue à s’allier à nos persécuteurs ou, au contraire, s’il reconnaît enfin en nous une autre manière de faire de la politique.

Sixièmement, dans les jours qui suivent, par l’intermédiaire de ses Commissions Sexta et internationale, l’EZLN fera connaître une série d’initiatives à caractère civil et pacifique pour lui permettre de continuer à faire son chemin avec les autres peuples originaires du Mexique et de l’ensemble du continent, ainsi qu’avec les personnes qui, au Mexique et dans le monde entier, résistent et luttent, en bas et à gauche.

Frères et sœurs,
Compañeros et compañeras,

Par le passé, nous avons eu la chance de bénéficier d’une attention honnête et noble de divers moyens de communication. À l’époque, nous les en avons remerciés, mais cet état de choses a été complètement effacé par leur attitude ultérieure.

Ceux qui avaient parié que nous existions uniquement par et dans les médias, et que le blocus de mensonges et de silence auquel on nous a soumis réussirait à nous faire disparaître, se sont trompés.

Quand il n’y avait ni caméra, ni microphone, ni stylo à bille, ni oreilles, ni regard, nous continuions d’exister.

Quand on nous calomniait, nous continuions d’exister.

Quand on nous entourait de silence, nous continuions d’exister.

Et nous voilà, toujours là, à continuer d’exister.

Le chemin que nous avons entrepris, comme cela a été amplement démontré, ne dépend pas d’un quelconque impact médiatique, mais bien de notre compréhension du monde et de ses parties, de la sagesse indigène qui guide nos pas, de l’inébranlable détermination que donne la dignité d’en bas et à gauche.

Dès maintenant, notre parole commencera à être sélective quant à ses destinataires et ne pourra être comprise, à de rares exceptions près, que par ceux qui auront fait et font un bout de chemin avec nous sans être esclaves des modes médiatiques et ponctuelles.

Chez nous, non sans erreurs et avec beaucoup de difficultés, une autre manière de faire de la politique est d’ores et déjà devenue réalité.

Peu nombreuses, très peu nombreuses, seront les personnes qui auront le privilège de connaître cette réalité et d’apprendre directement d’elle.

Il y a maintenant dix-neuf ans, nous vous avons surpris en nous emparant par le feu et par le sang de vos villes. Aujourd’hui, nous l’avons refait, sans armes, sans mort, sans rien détruire.

Nous nous différencions de la sorte de ceux qui, pendant leur mandat de gouvernement, ont semé et sèment encore la mort parmi leurs administrés.

Nous sommes les mêmes qu’il y a cinq cents ans, qu’il y a quarante-quatre ans, qu’il y a trente ans, qu’il y a vingt ans, qu’il y a tout juste quelques jours.

Nous sommes les zapatistes, les plus petits, ceux qui vivent, luttent et meurent dans ce recoin perdu de la patrie, ceux qui ne fléchissent pas, qui ne se vendent pas, qui ne se rendent pas.

Frères et sœurs,
Compañeros et compañeras,

Nous sommes les zapatistes, nous vous embrassons chaleureusement.

Démocratie !
Liberté !
Justice !

Des montagnes du Sud-Est mexicain.
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2012 – janvier 2013.

Traduit par SWM.
Source du texte original :
Enlace Zapatista

Source :

http://www.lavoiedujaguar.net/L-EZLN-annonce-de-prochaines

L’occasion de citer pour la première fois (et certainement pas la dernière) l’excellent site La Voie du Jaguar

http://www.lavoiedujaguar.net/

Et pendant que nous y sommes , Le Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte

http://cspcl.ouvaton.org/

 

9 février 2013

Retour sur le mouvement Occupy

Filed under: International — R&B @ 12 h 02 min

1. Ton évaluation du mouvement Occupy était très enthousiaste. Quelle est ta vision actuelle? Que reste-t-il du mouvement?

Il ne reste pas grand-chose du mouvement en tant que tel: presque tous les campements ont été détruits en novembre et décembre 2011 et il n’y en a eu quasiment aucun nouveau créé depuis. En revanche, le mouvement n’a en aucune façon été “battu”. À quelques exceptions près, toutes les personnes arrêtées ont été relâchées et entièrement disculpées. L’élimination des campements a seulement eu pour effet de forcer les participants a trouver d’autres terrains de lutte, plus variés. Un nombre incalculable de gens dans tout le pays continuent à se rencontrer régulièrement, à développer des réseaux et à mener toutes sortes d’actions: piquets devant les banques, troubles de réunions de conseils d’administrations d’entreprises, blocages des expulsions de logements, protestations contre les mesures environnementales (Monsanto, Pipeline de sables bitumineux, fracassement de roches pour l’extraction du gaz de schiste, etc.), outre des actions de types plus spécifiquement axées sur l’occupation de lieux comme les tentatives de s’emparer et de rouvrir des écoles et des bibliothèques fermées et abandonnées, ou les tentatives d’occuper des logements vides pour les SDF répondant au slogan “Des maisons, pas de prisons”. L’une de ces actions les plus intéressantes et les mieux organisées a été “Occupons la ferme”, qui s’est déroulée un kilomètre de chez moi en avril dernier. Des activistes écologistes se sont emparé d’un grand terrain urbain vide et l’ont transformé en jardin communautaire, en y faisant plus de dix mille semis en quelques jours. Les occupants jardiniers ont été chassés au bout de trois semaines, mais l’agitation continue et a débouché sur une victoire temporaire contre un projet de développement commercial.

Le mouvement Occupy avait déjà comme but implicite de “récupérer les terrains communaux”: en occupant les places publiques ou les parcs sur ce thème, étant donné que malgré les chicaneries sur les questions de permis, il était évident que ces espaces appartenaient au public et sont, ou étaient à l’origine, prévus pour un usage public. Mais ces actions plus récentes ont le mérite de s’attaquer au fétiche de la propriété privée d’une manière plus directe. Ce fétiche a toujours été extrêmement puissant aux États-Unis et la réaction de la police à sa transgression a toujours été immédiate et brutale. J’espère donc que ce type d’action finira par affaiblir ce fétiche, comme cela s’est produit au moment du mouvement pour les Droits civiques. Dans les années 1950 et 60, quand les Noirs ont commencé des sit-in dans des restaurants, on entendait souvent cet argument: “Ce restaurant appartient à son propriétaire, il a le droit d’en faire ce qu’il veut, y compris de décider qui il veut servir.” Mais comme de plus en plus de gens continuaient à occuper et à accepter calmement de se faire arrêter, le grand public a peu à peu été amené à réfléchir à l’idée qu’il existe un “droit supérieur” au droit de propriété: que d’autres droits doivent aussi être respectés, tel que le droit d’être traité équitablement en tant qu’être humain. Je crois que cela pourrait finir par se produire lors des invasions de divers types de propriétés, les gens se rendant compte de l’absurdité de millions de bâtiments vides alors que des millions de personnes sont sans logement. Même actuellement, beaucoup de gens sont favorables à l’idée de défendre une famille contre les expulsions, malgré le fait que, officiellement, une banque soit propriétaire du bien, car ils sont de plus en plus conscients de ce que les banques ont agi illégalement. L’idée de rouvrir des écoles abandonnées, etc. est encore plus exemplaire en ce qu’elle évoque la notion d’une société fondée sur la coopération et la générosité et non sur la quantité d’argent qu’on peut tirer de quelque chose.

Les deux inconvénients de ce type d’actions tiennent a ce qu’elles sont très risquées et qu’elles ont donc tendance à n’être le fait que d’une minorité (jeune et masculine principalement). L’occupation d’espaces publics a plus de chances d’attirer la sympathie, le soutien et, en dernier ressort, la participation de masses de gens ordinaires (y compris parents, enfants, personnes âgées ou handicapées…). Mais pour ceux qui veulent repousser les limites et ne craignent pas de prendre des risques, l’occupation d’immeubles vides et leur ouverture au public est une gageure plus efficace et inspirante que de casser des vitres.


2. Avec le recul, quelles ont été pour toi les traits ou les innovations les plus significatifs du mouvement?

Il y en a eu plusieurs, la plupart étroitement liés entre eux. Certains étaient des véritables innovations, d’autres étaient inspirés par des luttes récentes dans d’autres pays (Argentine, Tunisie, Égypte, Grèce, Espagne).

  • Le fait que le mouvement ait surgi de façon si soudaine et imprévue. Par le passé, dans d’autres pays, des questions particulières ont parfois provoqué des rassemblements massifs qui se sont transformés en assemblées populaires radicales, mais ici les assemblées sont apparues en premier, sans déclencheur particulier.
  • Le fait que l’ordre du jour était ouvert et que tout le monde était le bienvenu. Cela incita les gens à se rassembler pour chercher des solutions pratiques aux problèmes auxquels nous sommes tous confrontés, mais sans préjuger des solutions qui pouvaient être adoptées. Les gens ont mis leurs différences de côté (pour le moment en tout cas) et sont tombés d’accord pour se réunir de manière amicale, avec de l’amour ou au moins du respect pour tous ceux qui étaient venus et qui prenaient la parole, même si leurs idées étaient extrêmement différentes. Cet esprit ouvert contrastait avec presque tous les mouvements radicaux du passé, et ce fut sans doute une des principales raisons que tant de gens furent conquis aussi vite.
  • En même temps, le mouvement créa un terrain provoquant pour ces rassemblements: “Exercer votre droit de vous réunir pacifiquement, d’occuper l’espace public”. Ce terrain incertain, semi-légal a ajouté le tranchant nécessaire pour que les discussions ne deviennent pas trop abstraites. (Il n’y a rien de tel que de se demander quand la police va débarquer pour arrêter les bavards et encourager les gens à en venir au fait et à s’en tenir aux questions pratiques.)
  • Dès le début, il fut évident pour tout le monde que c’était un mouvement participatif, et non un truc qu’on pouvait observer de loin. Dans la plupart des grandes villes et même dans des petites villes, il suffisait de se rendre sur le campement local, de jeter un coup d’œil et de poser des questions. On pouvait arriver et participer aussitôt aux assemblées. Cela opéra une cassure par rapport à l’isolement social habituel et à la passivité de spectateur, en balayant les mensonges et les idées fausses qui dominent quand les gens dépendent seulement de ce dont les abreuvent les médias.
  • Les refus imprévus des occupants de formuler toute revendication particulière refléta l’idée qu’il y avait des problèmes innombrables et qu’ils étaient tous liés entre eux, qu’il s’agit d’un système social global et que c’est notre mode de vie dans son ensemble qui est en jeu.
  • Contrairement aux luttes radicales précédentes qui rassemblaient les gens pour une manifestation sur un sujet précis, un jour précis, puis qui se dispersaient, les occupants déclarèrent leur intention de rester sur place indéfiniment. Cela permis de s’installer et d’expérimenter différentes formes de démocratie et d’autogestion. L’expérience se déroula évidemment dans les conditions de précarité de la société actuelle et ce fut donc bancal et facilement sujette au ridicule. Mais nous ne devons pas sous-estimer l’effet puissant que même des expériences aussi limitées ont eu sur les gens. Pour la plupart, c’était la première fois de leur vie qu’ils goûtaient à une vraie démocratie en actes.
  • Pour beaucoup d’entre nous, ce fut aussi une expérience sociale sur le terrain très éclairante. Les campements nous réunirent avec des sans-logis qui sont des “occupants” involontaires des rues et des parcs, du fait qu’ils n’ont pas d’autres endroits où aller, et qui trimbalent avec eux tant de problèmes créés par cette société, de la misère économique à tous les types de dépendances et de maladies mentales. Pouvoir les connaître sur une base intime, quotidienne, fut une expérience qui donna à réfléchir, mais aussi une expérience enrichissante: partager un repas ou une tente avec eux, se retrouver soi-même dans la situation où ce sont eux qui nous aident, nous donnent des conseils sur le moyen de s’en sortir dans pareilles conditions.
  • Le fait que le mouvement se répandit si largement et si rapidement. Beaucoup d’entre nous étaient habitués à l’idée que l’activité radicale aux États-Unis avait lieu dans les grandes villes des deux côtes et nous avions désespéré des vastes régions conservatrices et mal informées au centre du pays. Contrairement à beaucoup d’autres pays, les États-Unis semblaient trop étendus et trop décentralisés pour se prêter au développement d’un mouvement radical. (La France, avec sa capitale dominante, est l’exemple inverse le plus évident: à de nombreuses reprises, un petit nombre de gens ont déclenché une révolte à Paris, qui s’est ensuite propagée rapidement au reste du pays, par l’intermédiaire des réseaux de communication et de transports existants.) Ainsi, quand j’ai entendu parler de Occupy Wall Street pour la première fois, ma première réflexion a été: “Hou, ça a l’air merveilleux! Si ça continue, cela finira peut-être par inspirer des mouvements similaires dans une ou deux autres grandes villes. Ce serait vraiment fantastique!” Or, dans les trois semaines qui ont suivi, le mouvement s’est propagé dans des centaines de petites et grandes villes, y compris dans de nombreuses régions isolées et conservatrices du pays.
  • Malgré leur séparation géographique, les occupations ont pris conscience qu’elles faisaient partie d’un mouvement national (et même, dans une certaine mesure, international) et cette conscience leur donna confiance et leur conféra de la crédibilité. Quelques dizaines de personnes dans une petite ville du Middle West, dont les manifestations dans les circonstances ordinaires auraient été tournées en ridicule par la population locale et totalement ignorées des médias locaux, avaient désormais droit à des interviews respectueux, du fait qu’elles étaient perçues comme une partie d’un mouvement national digne d’intérêt.
  • Le mouvement put se propager ainsi grâce à l’Internet et autres “réseaux sociaux”. Comme en Tunisie et en Égypte, les gens utilisèrent Facebook, Twitter, les blogs et autres moyens de communication interactifs pour organiser des actions, partager des expériences et analyser et critiquer des pratiques, en temps réel. La plupart des révoltes du passé étaient dépendantes de formes de communication beaucoup plus lentes et maladroites (tracts, appels téléphoniques, courrier postal) ou, pire encore, devaient espérer que leurs actions et leurs objectifs fassent l’objet de comptes-rendus pas trop déformés dans les médias. Cette fois-ci, les gens purent voir des vidéos de rassemblements à New York et dans d’autres grandes villes et décider immédiatement d’organiser des occupations dans leur propre quartier, puis envoyer des vidéos et des comptes-rendus de leurs propres actions qui pouvaient à leur tour en inspirer d’autres. Ceci pendant que les médias ne mentionnaient pas la seule existence du mouvement. Ce mouvement a effectivement créé ses propres réseaux de communication et de publicité en se passant des médias dominants.
  • Cette communication interactive massive fut parfois déroutante ou envahissante, mais elle fut aussi immensément puissante, quand une idée ou un thème particulier atteignait soudain des millions de gens en moins de 24 heures. Au lieu de s’appuyer sur quelques meneurs ou spécialistes, on pouvait désormais puiser dans un agrégat de savoirs et de créativité humains où nul n’était en mesure de dominer. Pour tout problème, n’importe qui pouvait se présenter et proposer des solutions viables. Dans le meilleur des cas, cela refléta une sorte de “communisme des idées” au sens où les gens se souciaient moins de savoir qui était “l’auteur” de l’idée, encore moins à qui elle pouvait “appartenir” et plus intéressés par l’usage pratique de ces idées, en éliminant celles qui ne passaient pas l’épreuve de l’expérience et en perfectionnant celles qui le passaient. Ce processus réduisit aussi l’accent traditionnel mis sur les “auteurs” et les “textes”. Dans mon propre cas, par exemple, même si j’écrivis quelques courts textes au début du mouvement, je me rendis compte rapidement que les choses que j’aurais pu dire avaient déjà été dites par d’autres. Au lieu d’écrire un article, tout ce que j’ai eu a faire a été de faire suivre ou de “partager” ce que quelqu’un d’autre avait dit (en ajoutant un commentaire si j’avais des réserves a faire).
  • Cette manière de se répandre eut aussi l’effet imprévu de créer un degré inhabituel d’autonomie entre les différentes occupations. Comme je l’ai noté dans mon tract Le réveil en Amérique, “chaque nouvelle occupation et assemblée reste totalement autonome. Bien qu’inspirées par l’occupation de Wall Street, elles ont toutes été créées par des gens dans leurs propres communautés. Aucun individu ou groupe extérieur n’a de contrôle sur ces assemblées. Ce qui est bien ainsi.” Cette autonomie était si évidente que personne n’aurait pu la nier. Or curieusement je ne me rappelle pas avoir vu quiconque noter l’importance de ce fait. Malgré les différences entre les différentes villes, nul n’osa suggérer qu’une occupation doive rendre des comptes à une autre. Comme je le notai plus loin, cela présenta deux grands avantages: “La prolifération de groupes et d’actions autonomes est plus saine et plus fructueuse que cette “unité” ordonnée d’en haut à laquelle nous appellent sans relâche les bureaucrates. Plus saine, parce qu’elle rend la répression plus difficile: si l’occupation dans une ville est écrasée (ou récupérée) le mouvement sera toujours vivant dans des centaines d’autres. Plus fructueuse, parce que cette diversité permet l’expérience et la comparaison d’un plus grand nombre d’idées et de tactiques.”

Je considère que ce dernier point est si significatif qu’à un certain moment j’ai caressé l’idée de lancer un “Appel au maintien de l’autonomie de chaque occupation”. Cela aurait été amusant parce que les appels politiques visent toujours à modifier quelque chose de mauvais, tandis que dans ce cas j’aurais eu la tâche facile et agréable de conseiller aux occupants de continuer à faire exactement ce qu’ils faisaient déjà. Maintenant, bien sûr, les circonstances ont changé par divers aspects à cause de la destruction des campements, mais je crois que la plupart des traits cités ci-dessous restent exemplaires.


3. Quelles nouvelles valeurs et experiences le mouvement a-t-il apporté à la pratique?

Beaucoup plus que je ne pourrais mentionner ici. Ce serait comme si l’on posait la même question à propos de Mai 1968! Un des placards disait: “Vous vous souvenez des années 60? Les voilà de retour!” Ce n’était qu’une légère exagération. D’une certaine manière, c’était en effet une renaissance de la contre-culture des années 1960, concentrée en quelques semaines, sauf que dans ce cas le mouvement n’était pas basé sur un antagonisme culturel étroit (“hip” contre “normal”). Tout le monde était le bienvenu, toutes les différences étaient tolérées et appréciées à condition que les gens partageaient le même esprit d’ouverture et de bonne volonté. Il y avait le sentiment que nous nous étions soudain tous réveillés, que tout était désormais remis en question et que tout le monde le savait. Je me contenterai de proposer quelques liens qui donneront une idée de cet état d’esprit.


4. Dirais-tu que le mouvement Occupy a modifié la perception de la question sociale aux États-Unis?

Oui. Tout d’abord, et c’est une évidence, le thème des “99% contre 1%” a recentré l’attention des gens sur le creusement des divisions économiques extrêmes. Deuxièmement, la forme du mouvement a donné un aperçu de la manière dont ces divisions peuvent et doivent être surmontées — par l’action participative collective, par opposition à l’abandon des décisions au politiciens et autres leaders chargés d’agir à notre place.


5. Dirais-tu que la répression étatique (surtout les raids coordonnés contre les campements) fut la cause principale du déclin du mouvement?

Oui. Sans cette répression, la plupart des camps existeraient encore (même s’ils commençaient à faire face à des questions problématiques).
6. Y a-t-il eu d’autres facteurs?

Il y a eu différentes contradictions internes. Dans certains endroits, on a déploré des divisions culturelles ou raciales, ou des divisions entre les sans-abri et les autres. Dans d’autres cas, des divisions sont apparues sur des questions tactiques: “réformistes contre révolutionnaires” ou “non-violents contre black bloc”. Je mets des guillemets à ces divisions car elles sont quelque peu artificielles et simplistes. Et puis elles ne sont pas identiques entre elles: non-violent ne correspond pas forcément à réformiste, et black bloc n’équivaut pas forcément à révolutionnaire. Selon moi, être révolutionnaire n’exclut pas forcément s’employer à des réformes ou à des améliorations immédiates. Et même si je ne suis pas pacifiste, je pense que dans la plupart des situations les tactiques “non-violentes” sont plus efficaces que les tactiques de “black blocs”. (La situation peut être différente dans des pays comme la Grèce où une grande partie de la population sympathise avec la tactique du combat de rue. Mais ce n’est certainement pas le cas aux États-Unis.)

On notera aussi que le spectacle électoral national, qui commença à occuper le centre de la scène au début de 2012, eut aussi tendance à éclipser les autres événements. Quand les élections seront passées, on assistera probablement à une résurgence de l’agitation populaire qui mettra au défi les Démocrates comme les Républicains. On voit déjà un exemple de cela dans la récente grève des enseignants de Chicago qui s’en est pris directement à Rahm Emanuel (ancien chef de cabinet d’Obama et aujourd’hui maire de Chicago). Ces contradictions sont aujourd’hui atténuées mais elles devraient être plus visibles après les élections en novembre.


7. Sous un angle différent, penses-tu que l’échec de la campagne de rappel électoral dans le Wisconsin est un exemple de la manière dont le mouvement Occupy est tombé dans le piège de la stratégie politique du Parti démocrate et des syndicats?

Non. Le mouvement du Wisconsin, aussi significatif et exemplaire qu’il ait pu être par biens des aspects, ne faisait pas partie du mouvement Occupy. Il a commencé plusieurs mois plus tôt et il fut dès le départ centré très spécifiquement sur la situation politique dans le Wisconsin et en particulier sur certaines lois de cet État et sur les partis démocrate et républicain qui étaient engagés dans l’adoption ou le rejet de ces lois. Il est donc à peine surprenant qu’il se soit rallier derrière le rappel électoral. Presque tout le monde impliqué dans la lutte voulait se débarrasser des Républicains et des nouvelles lois qu’ils avaient votées, quels que fussent leurs désaccords entre eux par ailleurs. Mais cela avait peu à voir avec le mouvement Occupy national. Pour autant que je sache, aucune des occupations ne tomba dans un quelconque “piège démocrate”. Certains participants voteront certainement pour Obama et d’autres Démocrates comme un moindre mal, mais les assemblées d’occupants ont constamment mis l’accent sur la complicité des deux grands partis avec le système économique dominant et ont unanimement évité de soutenir l’un ou l’autre parti.

Il y a bien sûr des débats animés sur la question voter ou ne pas voter (ou voter pour un troisième parti plutôt que pour les Démocrates). Mais cela aurait été le cas même si le mouvement Occupy n’avait pas eu lieu. L’expérience du mouvement a simplement montré plus clairement que, qu’on choisisse de voter ou non, la politique électorale n’est au mieux qu’une des facettes de la lutte sociale, et qu’un engagement direct sur les questions sociales est en dernier ressort beaucoup plus important et efficace. En outre, malgré le fétichisme qui règne des deux côtés sur cette question, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un choix exclusif. Voir à ce sujet la déclaration que j’ai diffusée il y a quelques semaines: Au-delà du vote.


8. Penses-tu qu’une partie de l’esprit et des idées d’Occupy se soit diffusée dans le mouvement ouvrier?

Oui, mais pas autant que nous l’avions espéré.


9. Comment le milieu syndical traditionnel, dont on connaît la nature bureaucratique, s’est-il associé à Occupy?

Il ne s’y est guère associé, quoiqu’il y ait eu des échanges et des tentatives de collaboration à New York et à Oakland et dans quelques autres grandes villes. Il y a eu beaucoup de sympathie de la part des ouvriers de la base, mais les bureaucraties syndicales ont écarté toute collaboration pratique significative. Par exemple, le Syndicat des travailleurs des transports de New York a exprimé son “soutien” à Occupy Wall Street, il y a donc eu un certain espoir que les ouvriers se mettent en grève pour le défendre, mais cela ne s’est pas produit.


10. Rétrospectivement, comment analyses-tu les tentatives d’Occupy de bloquer les ports de la Côte Ouest et la difficulté du mouvement de se lier aux ouvriers impliqués?

Le premier blocus (la “grève générale” d’Oakland du 2 novembre) fut un succès. Ce ne fut pas vraiment une grève générale, mais elle fut très massive et jubilatoire. Toutefois la participation des dockers fut ambiguë — ils ne firent pas vraiment grève, et se contentèrent d’utiliser le blocus d’Occupy pour avoir une bonne excuse légale pour rester à la maison. Le blocus de la Côte Ouest du 12 décembre s’étendit à d’autres grandes villes, mais son succès fut inégal et tout aussi bref, et dans la plupart des cas je crois que la participation des ouvriers fut tout aussi ambiguë. Cependant, la menace d’un soutien massif semblable par les occupants de la région semble avoir exercé une pression sur les patrons dans la résolution de la grève de Longview (État de Washington) deux mois plus tard (en février 2012). Cette capitulation partielle refléta probablement la crainte des patrons que les ouvriers et les occupants ne nouent des liens étroits si la grève se prolongeait.


11. À Oakland en particulier, le mouvement Occupy a-t-il réussi à toucher la communauté noire et, si oui, dans quelle mesure?

Oui. En fait, il serait trompeur de parler de “toucher” la communauté noire. Cette dernière fut massivement impliquée dès le début, et constitua un gros pourcentage du campement originel d’Occupy Oakland ainsi que de diverses manifestations et célébrations.


12. Comment perçois-tu le lien entre le mouvement Occupy et les groupes de gauche traditionnels et les anarchistes?

Tout d’abord, on doit noter que les groupes de gauches autoritaires traditionnels (maoïstes, troskyistes, etc.) ont presque tous disparu et personne ne prête attention aux rares qui survivent encore. Dans les années 1960 et 70, ces groupes avaient une certaine influence et l’une de nos tâches premières étaient de dévoiler leur nature et d’essayer de convaincre les gens de ne pas se laisser avoir par eux. C’est aujourd’hui devenu complètement inutile. Le mouvement Occupy était si pénétré de démocratie participative que la seule idée de permettre à on ne sait quel “parti d’avant-garde” de venir dire ce qu’il fallait faire aurait suscité la risée générale.

Les initiateurs d’Occupy Wall Street comprenaient quelques anarchistes et autres radicaux anti-autoritaires, mais la grande majorité des participants là et dans les autres campements qui surgirent dans tout le pays étaient des péquins lambda qui avaient peu ou n’avaient pas du tout d’expérience politique. Beaucoup étaient des soutiens d’Obama déçus, et quelques-uns étaient mêmes des libertaires de droite et des apparentés au “Tea Party” qui étaient aussi très remontés contre les récentes manipulations de Wall Street et les renflouements des banques.

Pendant les tout premiers jours, beaucoup d’anarchistes et autres militants de gauche rejetèrent le mouvement avec mépris comme étant du pur “réformisme”. À leur crédit, quand ils comprirent que c’était un événement majeur et d’une certaine façon un mouvement de masse radical sans précédent, la plupart abandonnèrent leurs idées toutes faites et y participèrent avec un esprit ouvert, pour voir ce qu’ils pourraient apprendre ainsi que ce qu’ils pourraient transmettre. Mais certains s’obstinèrent à considérer cette lutte à l’aune de leurs perspectives idéologiques — comme si la chose la plus importante était de savoir combien de personnes ils pourraient rallier à une perspective explicitement “anticapitaliste” ou “anti-État”. Comme je l’ai souligné dans le tract “Le réveil en Amérique”, je crois que la dynamique d’un mouvement populaire est beaucoup plus importante que ses positions idéologiques affichées. Il est tout à fait naturel que les gens expriment des griefs particuliers sans attendre qu’il soit possible d’envisager des transformations sociales plus fondamentales. De plus, il y a peu de chances qu’ils puissent parvenir au stade suivant s’ils n’ont jamais mesuré leurs forces ou développé leurs capacités de critique dans des luttes plus immédiates. Une fois qu’ils sont engagés dans ce processus, ils mesureront bien assez tôt par eux-mêmes s’il est nécessaire qu’ils aillent plus loin. Presque toutes les révolutions de l’histoire sont passées par ces phases. Pour ne prendre qu’un exemple frappant, au début de 1789, on demanda au peuple français d’exprimer ses doléances ou ses revendications, que leurs délégués présenteraient aux États généraux. Ces “cahiers de doléances” soulevèrent des centaines de sujets différents, mais ils étaient quasiment tous rédigés sous la forme: “Le Roi devrait modifier telle ou telle loi… Le Roi devrait abolir tel ou tel impôt… Le Roi devrait ordonner aux nobles de cesser de faire ceci ou cela…” Un observateur superficiel aurait pu en conclure que le mouvement était non seulement totalement réformiste mais totalement monarchiste! Pourtant, quelques mois plus tard, la Bastille était prise et trois ans plus tard le roi était décapité.


13. Serait-il juste de dire que ces groupes sont prisonniers d’une sorte de vieille bravade militante vaine, laquelle n’a pas marché à Oakland, sauf pour dégoûter et décourager la plupart des participants?

Je ne crois pas que la plupart de ces groupes aient eu le moindre effet, qu’il soit positif ou négatif — le mouvement était beaucoup plus large, profond et vivant que toute tendance idéologique. Cependant, je crois que la bravade militante “black bloc”, qui à tort ou à raison était perçue comme reflétant les perspectives anarchistes, eut l’effet négatif que tu signales, à savoir de causer une forte baisse de la participation. Certains attribuent cette baisse à la répression policière, et ce fut en effet un facteur important. Mais il faut noter que la répression policière la plus flagrante — la destruction du campement d’Occupy Oakland au matin du 25 septembre, suivie de la projection de gaz lacrymogènes et autres violences policières plus tard dans la journée (y compris le presque meurtre de Scott Olsen) — a en fait provoqué une forte augmentation du soutien du grand public. Des milliers de gens appelèrent le maire d’Oakland ou affichèrent tant des dénonciations sur sa page de Facebook que le lendemain la police osa à peine se montrer (ce qui permit aux occupants de reconstruire leur campement moins de 48 heures après qu’il eut été détruit). La “grève générale” du 2 novembre, une semaine plus tard attira plus de 50 000 personnes. Et ce n’étaient pas seulement des visiteurs de rencontre; près de la moitié d’entre eux prirent aussi part au blocus du port, illégal et potentiellement dangereux, le même jour. L’ambiance était euphorique. Des milliers de nouveaux venus visitaient le campement chaque jour. Des gens du monde entier observaient la scène. L’audace et le caractère positif du mouvement sapaient tous les arguments des réactionnaires et il y avait de fortes chances que ces événements accaparent l’attention du public pendant au moins les jours suivants et inspirent de nouvelles avancées dans d’autres grandes villes.

Le lendemain, nous nous sommes réveillés pour constater que la couverture des médias s’étaient déplacée sur les rares incidents de “vandalisme de black bloc”. Presque tous mes amis et moi (radicaux autant que modérés) eurent le même sentiment d’angoisse. Non pas parce que nous nous soucions des carreaux cassés, mais nous redoutions que cet intermède débile ne déforme la perception du mouvement et ne brise son élan. Ce qu’il fit. Les occupants furent rejetés sur la défensive et se montrèrent incapables de résoudre la question à la satisfaction générale. Une grande majorité des assemblées générales reconnut que ce type de vandalisme était contreproductif, mais une minorité notable bloqua tout abandon de la politique de “diversité des tactiques”. (Au départ cette politique avait l’aire d’être un compromis raisonnable, mais dans la pratique elle signifia qu’une minorité violente pouvait s’incruster dans une manifestation même quand la majorité des participants souhaitaient être non-violents. Ceux-ci avaient alors le choix peu enviable de permettre à la minorité de détourner leur manifestation, ou bien d’être traités de “flics pacifistes” s’ils essayaient de l’empêcher.) Un mois plus tard, à la suite de la concentration obsessionnelle des médias sur “la violence irresponsable du black bloc”, la portion d’Oakland du blocus de la Côte Ouest du 12 décembre attira peut-être 5000 personnes. L’atmosphère, quoique encore parfois enthousiaste, était beaucoup plus contenue et mal à l’aise, et il n’y eut presque plus de nouveaux venus. Un mois et demi plus tard, la tentative d’occupation d’un bâtiment public d’Oakland le 18 janvier attira à peine plus de mille personnes. Depuis lors, les actions ont rarement attiré plus de quelques centaines de personnes. Ces chiffres sont parlants. Ce serait trop simplifier l’affaire que d’attribuer entièrement ce déclin à la tactique du black bloc, mais le lien est indéniable.

En fait, ce fut plus une question de ton que de tactique, plus une question de bravade que de violence. Comme toujours, la vraie violence est venue presque exclusivement de la police. La prétendue violence du black bloc ne dépassa jamais quelques vitres brisées, quelques bouteilles jetées de loin et quelques semblants de barricades qui n’auraient pas arrêté un landau. Mais ces postures machistes firent le jeu de l’ordre dominant, permettant à son spectacle de recadrer la lutte. Au lieu d’un mouvement joyeux et accueillant réuni pour créer un monde nouveau, on nous réservait le vieux scénario ranci “militants contre police” — scénario qui tendit naturellement à décourager les autres formes de participation et à renvoyer la plupart des gens dans le rôle de spectateurs passifs. Les militants se demandèrent alors où tout le monde était passé et finalement certains d’entre eux ont conclu que la faute incombe aux “réformistes” et “pacifistes” et aux autres gens ordinaires de ne plus venir soutenir la minorité héroïque de martyrs révolutionnaires suicidaires. Tel est le genre de délire avant-gardiste qui détruisit le mouvement radical américain à la fin des 1960 et au début des années 1970, et ce n’est pas étonnant si la plupart des gens n’ont plus envie d’y retourner.

Je ne voudrais pas totalement dénigrer les efforts du black bloc. Même si certaines de ces actions ont sans doute été déclenchées par des provocateurs, il est clair que la plupart d’entre elles émanaient d’une rage sincère et tout à fait compréhensible contre le système. Il faut aussi noter que beaucoup de ceux qui y prirent part avaient aussi participé à certaines des actions constructives les plus admirables des campements. Le problème est qu’ils ne semblent pas avoir mesuré sérieusement les effets ultimes de leurs tactiques.

À cet égard, ils feraient bien de réexaminer certaines des tactiques “raids éclair” qui apparurent pendant la lutte anti-CPE en France en 2006. Les insurgés français étaient certes agressifs, mais ils l’étaient de manière créative plutôt que simplement réactive et impulsive. Comme je l’ai signalé à l’époque: “Les manifestations de masse ont la force du nombre, mais il leur manque la souplesse qui permet aux raids éclair de se déplacer rapidement, et de se disperser et regrouper selon les besoins. Ce fut la raison principale du développement des tactiques des ‘black blocs’ au cours des dernières années. Mais les black blocs sont souvent englués dans des fantasmes stupides de combats de rue et de guérilla urbaine. Les raids cherchent à éviter de se confronter là ou le système est fort et cherchent à exploiter ses faiblesses. Ils le combattent autant sur le terrain des idées et des sentiments que sur celui de la force physique. Alors que les actions des black blocs ont tendance à être impulsives, tristement auto-satisfaites et purement destructrices, les raids contiennent une large part de calcul, de créativité et d’humour” (Réflexions sur le soulèvement en France).


14. Tu as été encouragé par le mouvement du Québec. Quels points communs avait-il avec Occupy?

Bien que le mouvement du Québec n’ait pas créé d’occupations fixes, il s’est déroulé pour une bonne part dans le même esprit d’une manière plus mobile, opérant d’une façon tout aussi ouverte, expérimentale et non-idéologique, suscitant du même coup une large sympathie et se répandant dans le reste de la population. On voit la parenté avec le mouvement Occupy aux Etats-Unis sur les visages semblablement joyeux et dans les slogans et débats tout aussi vivants. Même si le mouvement au Québec démarra sur une protestation particulière (contre l’augmentation des frais de scolarité), on comprit rapidement que c’était l’organisation sociale en entier qui était remise en question.


15. Plus généralement, considères-tu le mouvement des occupations comme un moment d’un mouvement plus global, soulevant de nouvelles questions politiques et ouvrant de nouvelles voies à l’action dans la période qui commence?

Oui.

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Version française d’un entretien de Ken Knabb pour la revue L’Échaudée no. 2 (Paris, décembre 2012). Traduction par Gobelin et Ken Knabb.

http://www.bopsecrets.org/French/occupy-looking-back.htm

[English] Looking Back on Occupy

http://www.bopsecrets.org/recent/occupy-looking-back.htm

 

Egypte – (Ré) émergence et répression du mouvement anarchiste

Filed under: International — R&B @ 9 h 52 min

Les anarchistes ont été présents en Egypte avant, pendant et après la révolution qui a entrainé la chute de Moubarak mais aujourd’hui, ils ont acquis une nouvelle visibilité à travers notamment l’apparition du Black Blocairo et du Egyptian Black Bloc .

En réponse à l’attaque contre des bureaux des Frères musulmans, le gouvernement égyptien a fermé les sites des deux organisations.

L’anarchisme et le concept des black blocs a trouvé une vitalité en Egypte suite à l’union de différents groupes et cercles anarchistes qui se sont unis durant la période révolutionnaire. Le rejet des partis politiques, la critique radicale du rôle de la religion dans la gouvernance du pays et l’exemple de la résistance anarchiste à travers le monde (symbolisée en grande partie par les révoltes de fin 2008 en Grèce) l’ont aidé à se matérialiser.

Les Black Blocs ne sont pas les seuls çà subir la répression des autorités égyptiennes. C’est également le cas des anarchistes et socialistes.

Il n’existe plus aujourd’hui de « révolution locale ». La mondialisation néo-libérale a sa contrepartie sous la forme de coopération et de solidarité mondiale entre les révoltes. C’est ce que rappelle Anonymous à travers son Opération Egypte, commencé en janvier 2011 et relancée dernièrement.

Ci dessous une déclaration du Black Blocairo ,après la fermeture de leur site par le gouvernement et l’attaque contre les bureaux des Frères Musulmans

Aujourd’hui, ces deux sites sont encore inaccessibles :

https://www.facebook.com/blackblocairo2

https://www.facebook.com/blackblocegy

Suit une déclaration du Mouvement socialiste libertaire et le communiqué d’Anonymous sur l’Opération Egypte.

Déclaration du Black Blocairo

“Hier et après que nous ayons fini notre manifestation, nous avons rencontré quelques-uns des mouvements révolutionnaires et nous avons décidé de nous unir pour nos prochaines attaques , que nous avons lancé ensuite, comme nous vous l’avons dit hier :

1 – Mise à feu des bureaux du site d’Ikhwanonline (site des Frères Musulmans).

2 – Mise à feu des bureaux d’Ikhwan dans la rue Al-Manial au Caire.

Et nous avons annoncé le lancement de notre révolution à partir d’aujourd’hui sur la Place Al-Tahrir jusqu’à ce que l’Égypte et son peuple retrouvent leurs droits ! Vie, Liberté et justice sociale !

Black Blocairo, Les Hooligans

Attendez nos prochaines attaques en réponse à la fermeture de notre page officielle…”

http://voiceshakes.wordpress.com/2013/01/24/egyptian-anarchist-movement-emerges-with-wave-of-firebombings-and-street-fights/

January 24, 2013

Les anarchistes et les socialistes révolutionnaires egyptien-ne-s sont attaqués!

Cela a enfin eu lieu !Depuis plusieurs semaines, plusieurs sites internets et pages facebook qui appartiennent aux Frères Musulmans, soit de manière officielle soit administré par ses membres, ont lancés une attaque contre les anarchistes et les socialistes révolutionnaires en Egypte, en essayant de les isoler comme incitateurs de la violence et comme propagandistes de la démolition de l’Etat. Aujourd’hui, un membre des Frères Musulmans a porté plainte contre 3 socialistes, dont l’un est le camarade Yaser Abdel Kawy, un anarchiste bien connu et un membre du Mouvement socialiste libertaire Egyptien. Le procureur a transmis la plainte au procureur de la sécurité d’Etat, un appareil d’exception du système légal qui ne fonctionne que sous l’état d’urgence.

Cela était prévisible. Bien que peu nombreux, les anarchistes en Egypte ont occupé une place plutôt importante au sein des différentes forces révolutionnaire qui ont pris part à la révolution Egyptienne du 25 janvier. Les Anarchistes sont distinctement audibles sur les sites des médias sociaux, mais de manière plus importante ils sont toujours présent au premier rang dans les rues chaque fois que les révolutionnaires prennent position face à la répression brutale de l’Etat.

L’alliance entre les Frères musulmans et la junte militaire au pouvoir, aussi forte que difficile, a été évidente depuis le début. Les Frères musulmans étaient la seule force politique qui avait un de ses membres dans le comité législatif responsable de la préparation des modifications de la constitution de 1971, approuvées par un référendum le 19 mars. Les Frères Musulmans ont refusé de prendre part à presque toutes les manifestations contre le Conseil Supérieur des Forces Armées (CSFA) et dans bien des cas a cherché à salir ces manifestations et à attaquer ceux qui y appelaient.

Les Frères musulmans ont également adopté une posture agressive contre les travailleurs dans leur lutte continue contre les patrons soutenus par la junte militaire. Ils ont toujours condamné les manifestations ouvrières, les sit-ins, les occupations, et décrit le combat des travailleurs pour leur droit comme étant contre-révolutionnaire et incités par les clients du régime de Mubarrak.

Prêts à une victoire écrasante à l’issue des élections en cours, de même que les islamistes salafistes plus radicaux, les frères musulmans tiennent à éliminer toute opposition future, en l’occurrence les socialistes.

Il est facile de savoir pourquoi si on observe les politiques que leurs homologues ont adopté en Tunisie une fois assurés de leurs nouveaux sièges au parlements. Cela est encore plus clair lorsque l’on constate les déclarations de leurs principaux leaders (essentiellement des hommes d’affaires) dans les médias, particulièrement celles décrivant les politiques financières et économiques néolibérales du régime de Mubarrak comme bonne et efficace, si elle n’était pas associée avec la corruption et le clientélisme.

Nous sommes surs que ces nouvelles attaques du CSFA et des ses alliés islamistes ne sont rien d’autre qu’une entrée en matière. Une nouvelle phase de la révolution Egyptienne est déjà en train de prendre forme. Cette fois les vraies lignes de conflit seront claires pour tous après n’avoir été claires que pour quelques un-e-s. La révolution Egyptienne prendra son vrai visage, celui d’une guerre de classe nous opposant, nous, le prolétariat, à eux, les patrons, la junte militaire, et les conservateurs fascistes islamistes.

Mouvement socialiste libertaire – Egypte

(Traduction française) Berckman CGA

http://anarkismo.net/article/21543

Anonymous – Opération Égypte (جمهوريّة مصر العربيّة).

Gouvernements du monde.

Ceux qui détiennent le pouvoir en Égypte ont décidé de répondre aux appels à la démocratie par la violence létale et la mort. Les organisations internationales doivent être responsables et entendre ces appels dans ce moment critique de l’histoire.

Vos appuis aux révoltes populaires dans les pays arabes ont été ambigus, voire tout simplement inexistants. La Secrétaire d’état américaine Hillary Clinton a justifié l’indécision de la communauté internationale en indiquant que les États Unis « ne peuvent pas prendre parti ».

La neutralité mène à la complicité envers les régimes totalitaires, qui ont manifesté leur mépris contre le droit de leurs citoyens à manifester. Le régime de Moubarak a essayé de déconnecter le peuple Égyptien du reste du monde en lui coupant l’accès à Internet, pendant que sa police anti-émeutes tirait -à balles réelles- sur les civils et agressait des journalistes internationaux.

C’est à vous de travailler pour le peuple et de supporter le droit universel par rapport à la liberté d’expression. C’est votre devoir de vous opposer aux régimes oppressifs, sans prendre en compte vos préférences politiques. Les préoccupations géopolitiques quant à la « stabilité » ont trop longtemps servi d’excuses pour ignorer les violations manifestes des droits de l’Homme.

  • Nous sommes Anonymous.
  • Nous sommes légion.
  • Nous ne pardonnons pas.
  • Nous n’oublions pas.
  • Redoutez-nous.

http://www.rezoanonymous.eu/operation-egypte.html

Voir aussi :

#OpEgypt – Official Press Release

http://anonrelations.net/opegypt-official-press-release-1057/

Solidarité avec nos camarades anarchistes égyptiens !  5 février 2013 -Fédération anarchiste

http://anars56.over-blog.org/article-solidarite-avec-nos-camarades-anarchistes-egyptiens-115083876.html

 

 

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